Juliette Razafiarisoa

Nous avons le désir d’être reconnues comme collaboratrices de Dieu

Abstract
This text is a cry for respect: respect for people, especially women, who are deprived of their basic rights for education, health care, equal treatment, decent work, love and human dignity. It is a warning to all those who think that in our globalized world “everything is going well” and that women have made big progress. Referring to realities in her Malagasy context the author insists that Christian theologians have to speak up for people who cannot speak for themselves and tenaciously protect the rights of the poor and needy.

Résumé
Ce texte est un cri pour réclamer du respect : respect pour les personnes – en particulier les femmes – privées de leurs droits fondamentaux à l’éducation, aux soins de santé, à l’égalité de traitement, à un travail décent, à l’amour et à la dignité humaine. C’est un avertissement à tous ceux qui pensent que dans notre monde globalisé “tout va bien” et que les femmes ont fait de grands progrès. En se référant aux réalités de son contexte malgache, l’auteure insiste pour dire que les théologiennes et théologiens chrétiens doivent prendre la parole en faveur des personnes qui ne peuvent pas parler pour elles-mêmes ; ils doivent avec ténacité protéger les droits des pauvres et des nécessiteux.

 

Le thème « Nous avons un désir » m’a beaucoup inspirée. J’ai donc décidé de mettre en lumière le cas de certaines personnes qui, dans le monde, sont négligées, ignorées, privées de leur dignité humaine. Je parlerai de cas généraux qui reflètent les expériences que j’ai faites dans ma vie quotidienne à Madagascar. Donc, ce que je vais écrire, ce sont des faits que j’observe autour de moi.

Dieu a dit : « Ouvre ta bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés. Ouvre ta bouche, juge avec justice et défends la cause du pauvre et du déshérité » (Proverbes 31,8–9). Je tiens donc à souligner que ces cas existent réellement, non seulement dans mon pays d’origine, mais aussi dans de nombreux autres pays. Souvent des gens vous disent que “tout va bien”, mais cela n’est pas toujours vrai.

Dans ma vie quotidienne à Madagascar, je vois des hommes, mais d’abord et avant tout des femmes, qui perdent leur dignité, leur estime de soi et par conséquent leur accès aux droits humains. Ils et elles portent le poids de l’ignorance. Bien que la technologie et la civilisation progressent rapidement, il y a encore des gens qui ne parviennent pas à rester dans la course. C’est principalement dû à la culture et à leur situation socio-économique. Beaucoup de personnes ne peuvent pas montrer qui elles sont et ce qu’elles seraient capables de faire dans de meilleures conditions de vie, de sorte qu’elles n’ont pas accès aux places qu’elles mériteraient ; nous savons tous en effet qu’ici sur terre quiconque reçoit une bonne éducation obtient une position élevée, et que celle ou celui qui a une position élevée détient un pouvoir.

Cet essai vise donc à nous mettre en garde, et à attirer l’attention, en particulier de ceux d’entre nous qui se sentent forts et puissants, pour que nous restions prudents, parce que nos actes ont un impact important sur nos prochains. Nous devons faire attention à eux : ils et elles ont besoin d’une sollicitude particulière et d’un traitement spécial qui leur donnent des forces. Les forts ont besoin des faibles, car la vie est interdépendante. Personne ne peut vivre seul, forts et faibles ont besoin les uns des autres. Ainsi, chacun de nous peut être un rayon de lumière pour les autres. Il peut les encourager à surmonter les difficultés qu’ils rencontrent. Nous pouvons marquer une différence en montrant de l’amour, de l’attention, une écoute de l’autre et de la compréhension. Comme ambassadeurs de Christ, nous pouvons et nous devons apporter de l’espoir et vivre la bonne nouvelle avec nos prochains. De véritables témoins ne peuvent supporter une société brisée et vivre dans l’injustice. Le Saint-Esprit ne nous permet pas de garder le silence. Mes pensées visent donc à rappeler cela, et à nous encourager à agir selon la volonté de Dieu.

Nous avons un désir de compréhension

Il y a beaucoup de femmes sur la terre qui se sentent ignorées ou sont soumises à de mauvais traitements. Or, sans les femmes, il n’y a pas de continuité de la vie. Pourquoi donc tant d’hommes, et quelques femmes puissantes également, sous-estiment-ils ces femmes ? Nous réclamons à grands cris de la compréhension, nous voulons être écoutées, être considérées comme de vrais êtres humains, comme des collaboratrices de Dieu qui nous a donné domination sur la terre. Hommes et femmes, nous sommes tous des serviteurs et des servantes de Dieu, et nous sommes responsables d’agir au nom de Dieu pour l’accomplissement du salut. Personne n’est le maître de quelqu’un d’autre, étant tous soumis à l’autorité de Dieu. Nous sommes tous et toutes au service de Dieu et nous devons travailler ensemble de façon complémentaire. Chacun et chacune a un rôle spécifique pour édifier le royaume de Dieu ; mais en raison de la tradition, dans certaines régions, il arrive souvent que les femmes soient cachées, laissées pour compte, mises de côté. Nous, théologiennes, nous voulons revenir à la création dans son sens fondamental : «Dieu créa les humains à son image : il les créa à l’image de Dieu ; homme et femme il les créa » (Genèse 1,27). Il est important d’attirer l’attention de nous tous sur le fait que négliger ou maltraiter les femmes est une désobéissance à l’égard du Créateur. Dieu nous a donné des talents et des capacités selon notre foi et nous a envoyés pour les utiliser dans l’Eglise et pour que l’Eglise accomplisse le plan de salut de Dieu. Ainsi, quiconque interfère dans ce plan divin déshonore Dieu en voulant agir selon sa volonté propre au lieu de la volonté divine.

Nous avons un désir d’égalité dans l’éducation

A Madagascar, il y a souvent une inégalité de traitement à l’égard des enfants. Dans certaines régions du pays, les parents font tout ce qu’ils peuvent pour permettre aux garçons d’étudier, et ils les soutiennent pour qu’ils continuent à apprendre le plus possible. Dans le même temps, ils négligent leurs filles. Souvent les parents sont satisfaits si leurs filles sont capables d’écrire leur nom. Ils considèrent que c’est suffisant pour elles. Ils attendent d’elles qu’elles sachent simplement faire le ménage, et parfois même, chose bien pire, qu’elles se prostituent pour aider financièrement leur famille. Il existe ici ou là un endroit appelé “Tsenan’ampela” où des hommes peuvent louer des filles ou des femmes pour avoir des relations sexuelles : c’est une sorte de “marché aux femmes”.

D’autres filles sont mariées très jeunes, à l’âge de quatorze ou quinze ans. Cette coutume montre que les femmes peuvent être traitées pratiquement comme des objets : elles peuvent même, par exemple, être vendues. C’est une honte absolue, car parfois même des objets concrets ont plus de valeur qu’une femme, aux yeux de certains. Si, par exemple, un homme aime beaucoup sa voiture, ou son chien, ou même un jouet, il peut en arriver à ne jamais permettre à quiconque d’y toucher. Alors comment se fait-il que les femmes, précieuses et inestimables créatures de Dieu, puissent être traitées aussi mal?

Nous avons un désir d’égalité de traitement dans les soins de santé

Dans ma culture et dans bien d’autres, les femmes sont considérées comme devant être des “femmes au foyer”. Ainsi doivent-elles, jour après jour, subvenir aux besoins de tous les membres de la famille, en accomplissant tout le travail ménager, et en prenant soin des enfants. Cependant, quand la maman elle-même tombe malade, personne ne se sent la responsabilité de s’occuper d’elle. La famille a l’habitude d’être soignée, mais si c’est la maman qui tombe malade, elle est souvent laissée à elle-même, et elle doit supporter toute seule les effets de sa maladie. Même si elle est clouée au lit, elle doit encore penser d’abord aux besoins de sa famille, car il n’existe pas d’organisme à même de remplacer une maman dans l’incapacité d’accomplir ses tâches. Quand elle est en bonne santé et forte, oui, tout le monde bénéficie du fruit de son travail, mais quand elle est malade ou faible, personne ne se sent responsable de prendre soin de sa santé.

Nous avons un désir d’égalité de traitement dans les emplois

En général, les hommes sont privilégiés en termes d’embauche et de salaire. Si des hommes et des femmes présentent des diplômes et des titres équivalents, les entreprises, et même les Eglises, préfèrent engager des hommes. Il existe un certain état d’esprit présupposant que les femmes ont des limitations physiques et mentales. Bien sûr, cela peut être vrai concernant certaines femmes, mais cela n’est pas vrai pour “les femmes” en général. Il y a assurément des femmes déterminées et intelligentes, accomplissant leur travail de tout leur cœur. Il pourrait même y avoir de leur part une manière particulière de faire les choses, dans la mesure où leur travail est adapté à leur caractère. Le travail effectué par une femme dévouée n’est-il pas en quelque sorte une offrande et un sacrifice ? N’avons-nous pas tous connaissance de l’histoire de la femme qui a versé un parfum de nard pur sur la tête de Jésus (Marc 14,3-9), ou du récit de Marthe préparant le repas de Jésus (Luc 10,38-40) ? Dans ces récits, nous voyons que le travail des femmes peut comprendre amour et foi.

Evidemment, quand une femme est enceinte ou qu’elle a mis au monde un enfant, cela a une incidence sur son emploi du temps et sa capacité d’accomplir un travail professionnel. Très souvent, elle a besoin d’un congé de trois mois : un mois avant et deux mois après l’accouchement. Pendant la période de l’allaitement, la mère doit avoir le droit de nourrir son enfant. Quand un bébé malade doit être conduit chez le médecin, elle doit pouvoir demander la permission de prendre soin de son enfant. Cela conduit certains entrepreneurs à penser que les femmes ne sont pas assez efficaces, alors que les hommes semblent être plus forts et toujours libres pour accomplir leurs tâches professionnelles. Pourtant, sans la femme, il n’y a pas d’homme, ni aucune continuité de vie. Dans le processus de la procréation, seules les femmes peuvent donner naissance, et les enfants sont une bénédiction de Dieu. Par conséquent, en tant que donneuses de vie, les femmes n’auraient-elles pas le droit de disposer du temps nécessaire pour s’occuper de ces vies ? Et pourquoi les pères n’assumeraient-ils pas une partie de ces tâches ?

Nous avons un désir d’amour

L’Ecriture Sainte affirme : « Maris, aimez votre femme, et ne vous aigrissez pas contre elle » (Colossiens 3,19 ; Ephésiens 5,25). En fait, on constate souvent l’inverse : les maris sont à la recherche de l’amour de leur épouse et veulent être choyés par elle. On les appelle “chefs de famille”, mais en fait ils se comportent parfois comme des bébés, voulant recevoir sans donner. Il en résulte souvent des discordes dans les familles, car personne ne se sent vraiment à sa place : l’épouse a besoin d’amour, mais ne peut ni le trouver ni se prendre elle-même en main, parce que la structure de la famille est disposée à l’envers. Elle est donc perdue dans sa propre famille. L’Ecriture Sainte l’invite à se soumettre à son mari « comme au Seigneur » (Ephésiens 5,22), mais en raison de la situation de fait, elle est obligée d’assumer toutes les responsabilités. Elle est ainsi poussée à devenir le chef de la famille, mais sans en avoir les droits.

Qu’entendons-nous par “amour” ? Je pense à une relation respectueuse entre mari et femme, comme entre mère et enfants, à des mots doux et à de la tendresse. Je pense à un soutien, à des encouragements et à un respect mutuel. L’amour, c’est certainement plus que le sexe. Le sexe sans engagement réciproque devient harcèlement. Il y a parfois malentendu entre mari et femme, entre hommes et femmes, car beaucoup d’hommes semblent estimer que la femme est là pour le sexe, comme un crayon est fait pour écrire. Ils pensent que, hormis le sexe, la femme n’a pas d’utilité, ce qui signifie qu’après la relation sexuelle, certains hommes ont tendance à rejeter la femme comme un détritus. Mais une femme est un être humain inestimable, une créature de Dieu, précieuse. Sans les femmes, la vie est inachevée. Dieu a dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je vais lui faire une aide qui sera son vis-à-vis » (Genèse 2,18). Cette compagne appropriée est la femme, son épouse. Bien qu’il y ait beaucoup de femmes, il n’y a pas d’aide appropriée, sinon son épouse. Seule l’épouse peut comprendre et répondre aux besoins de son mari. Personne ne peut briser ou remplacer l’amour et l’engagement mutuel entre eux. Il est possible que l’un d’entre eux ignore ou néglige cela, mais l’amour demeure. S’il y a amour, il y a dialogue, et chacun d’eux doit tenir son rôle respectif et occuper la place qui est la sienne. Sans relations pacifiques et positives, il n’y a pas de vie.

Nous avons un désir d’être écoutées

Il semble y avoir un conflit éternel entre les hommes et les femmes, les féministes et les paternalistes, dans la mesure où il n’y a guère de dialogue ouvert et constructif entre eux. On est dans le règne du “chacun pour soi”, chacun et chacune défend son propre point de vue. Au lieu de combler un fossé, une telle étroitesse d’esprit crée une rupture et des malentendus. Quand on parle du féminisme ou du mouvement des femmes, les hommes – et toutes les femmes qui sont de leurs côtés – pensent à une rébellion féminine ou à une soif de pouvoir. Mais notre Seigneur Jésus a dit : « Vous vous égarez, parce que vous ne comprenez pas les Ecritures » (Matthieu 22,29) Nous les femmes voulons seulement vivre la vie qui nous a été préparée et donnée par Dieu le Créateur.

Lorsqu’il n’y a que quelques femmes dans un groupe, souvent elles ne sont pas écoutées. C’est une manière de laisser entendre que la femme ne peut avoir une réflexion approfondie, même s’il existe, bien sûr, des femmes intelligentes avec des visions prospectives et de bonnes idées. Certains hommes sans égards ont tendance à rejeter leurs idées, mais souvent plus tard, ils reformulent ces idées en prétendant les avoir eues eux-mêmes. Il y a des hommes qui ne reconnaissent pas les femmes comme des personnes responsables, capables d’occuper des postes élevés, de sorte qu’ils ne les écoutent pas. Généralement ils ne montrent pas leur désaveu directement, mais trouvent différents moyens de piéger les femmes pour les faire échouer et les remplacer par des hommes.

Bien des hommes sont convaincus qu’obéir aux femmes ou les respecter, c’est montrer de la faiblesse. Ils pensent que c’est une honte d’être subordonnés à des femmes ou d’être dirigés par elles. Dans la philosophie malgache, il y a un dicton : « hevi-behivavy », qui signifie : « les femmes ne peuvent pas avoir une pensée profonde, elles sont dépourvues de sagesse ; leurs idées sont absurdes et il n’est donc pas nécessaire de les écouter ». Pourtant, selon l’Ecriture, si le roi David n’avait pas écouté Abigaïl, il serait devenu un criminel (1 Samuel 25). A cause de la sagesse d’Abigaïl, le futur roi David a évité meurtres et vengeance. « David dit à Abigail : “Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui t’a envoyée à ma rencontre en ce jour ! Béni soit ton discernement, et bénie sois-tu, toi qui m’as empêché en ce jour de verser le sang et d’assurer moi-même mon propre salut. Par la vie du Seigneur, le Dieu d’Israël, qui m’a empêché de te faire du mal, si tu n’étais pas venu si vite à ma rencontre, d’ici à l’aube, il ne serait pas resté un seul des mâles de Nabal !” David prit ce qu’elle lui avait apporté et lui dit : “Monte chez toi en paix ; regarde, je t’ai écoutée et je t’ai accueillie favorablement” » (1 Samuel 25,32-35) Quelle femme courageuse ! Elle a sauvé le futur roi et sa famille !

Nous avons un désir d’autodétermination et d’autodécision

La société a tendance à traiter les femmes comme une possession. On peut prendre des décisions en leur nom sans leur demander leur avis, et les mettre ainsi dans des situations critiques. Quelle que soit la situation de la femme, modeste ou supérieure, bonne ou mauvaise, sans son accord, cela devient critique. Cependant, comme le problème réside dans la structure de la société, les femmes sont obligées d’accepter cela et d’en supporter les conséquences, sinon elles risquent d’être rejetées par la société tout entière. On peut aussi trouver dans la Bible de telles pratiques désastreuses, par exemple, quand David épouse la fille de Saül (1 Samuel 18,17-22), ou quand Jacob épouse la fille de Laban (Genèse 29,15-28) : ce sont les parents qui prennent la décision, non les filles. Pourtant l’autodétermination et l’autodécision sont des droits humains. Quand une femme ne peut pas choisir son mari, le mariage risque bien de ne pas tenir. La vie de famille deviendra “prison” ou “esclavage”.

La pratique du mariage forcé existe encore sous diverses formes. Certains parents choisissent encore l’épouse de leur enfant, même s’ils savent que d’avoir une liberté de choix est un signe de maturité : par exemple, une personne mature qui choisit de travailler accepte la fatigue qui en découle, tant que le travail n’est pas terminé ; il ou elle doit peut-être renoncer à manger ou à avoir du bon temps, en vue d’achever sa tâche. Mais après ce sacrifice, il ou elle éprouvera de la joie à récolter le fruit des efforts consentis. Cela va renforcer l’estime qu’il ou elle a de lui-même. Donner un libre choix à quelqu’un lui permet de devenir responsable, parce qu’il prend en compte le résultat de son choix et sera façonné par lui.

Les personnes qui choisissent librement peuvent expliquer et défendre leur choix. C’est pourquoi Paul a pu dire : « Je sais bien en qui j’ai placé ma foi » (2 Timothée 1,12). Une personne autodéterminée est fière de son choix et prête à en supporter les conséquences. C’est aussi le cas des martyrs. D’un autre côté, prendre une décision à la place d’une autre personne, c’est en quelque sorte gommer son existence en la forçant à se soumettre au décideur. Cette attitude viole la volonté de Dieu, qui veut donner un libre choix à tous les êtres humains, car l’objectif de Dieu est de nous sauver.

Les femmes du changement

Jusqu’ici nous, avons vu des cas généraux que j’ai observés à Madagascar. J’ose estimer que quatre-vingts pour cent des femmes malgaches connaissent et vivent de telles situations. Cependant, malgré ce constat, il y a bien sûr des femmes, issues principalement de familles privilégiées, qui ont eu accès à une éducation supérieure et à l’université ; certaines d’entre elles sont même allées à l’étranger pour faire un doctorat ou devenir ingénieure. On rencontre aussi quelques femmes courageuses qui occupent des postes dans la société, dans l’économie ou la théologie, ou qui ont même fait une carrière politique. Ce sont des personnes clés, ayant une grande influence, du moins dans leur domaine respectif. Notez par exemple qu’à Madagascar, 250 des 1350 pasteurs sont des femmes, alors que seule l’Eglise de Jésus-Christ à Madagascar (FJKM) accepte la consécration pastorale de femmes théologiennes. Toutes les pasteures malgaches membres de «Tsena Malàlaka» ont été consacrées. Deux femmes pasteures membres de la FJKM, Lilia Rafalimanana et Yvette Rabemila ont même fait partie des instances dirigeantes de l’Eglise.

Pour ces femmes et aussi pour celles qui obtiendront d’importantes fonctions à l’avenir, les reines malgaches Ranavalona Ire, II et III peuvent être des modèles, de même que Gisèle Rabesahala, politicienne, chef de file bien connue au XXe siècle, Hantavololona Razafindrakotohasina, première femme ingénieure d’Afrique, ou Ralivao Marthe Ramiaramanana, première femme médecin malgache.

Conclusion

De ce qui précède, nous pouvons conclure que la vie et l’image des femmes dépendent largement de leur statut social et de l’environnement dans lequel elles ont grandi. Si une femme a accès à une égalité de traitement, si elle est tenue en haute estime, si elle vit dans une société lui permettant d’agir, elle a toutes les chances d’être une véritable ambassadrice de Christ, un facteur de changement, une collaboratrice brillante.

C’est notre devoir de théologiennes chrétiennes de trouver comment nous pouvons être une bénédiction pour les personnes – en particulier les femmes – dont j’ai parlé dans cet essai, comment leur apporter de la lumière dans leurs ténèbres. Je tiens donc à le répéter : En tant qu’ambassadrices de Christ, nous pouvons et nous devons apporter de l’espoir et vivre ensemble de la bonne nouvelle avec nos prochains. De véritables témoins ne peuvent supporter une société brisée ou vivre dans l’injustice. Le Saint-Esprit ne nous permet pas de rester silencieuses. Donc mes réflexions sont destinées à nous rappeler d’agir selon la volonté de Dieu, et à nous encourager à le faire.

 

Réponse par Ina Praetorius

En lisant ce texte, je me suis sentie très émue par les réalités que Juliette décrit et veut nous faire connaître. Oui, elle a raison : souvent nous avons tendance à oublier qu’il y a des femmes vivant dans des conditions de vie qui sont clairement en contradiction avec les droits humains et la volonté de Dieu, pas seulement à Madagascar, mais partout dans le monde. Il est très important d’insister sur le fait que, même si les femmes dans l’ensemble du monde ont obtenu beaucoup de droits durant ces dernières décennies, il y a encore de nombreux domaines qui n’ont pas été atteints par cette amélioration. En tant que théologiennes et chrétiennes, nous n’avons pas le droit d’oublier ces situations et les personnes qui s’y trouvent. Ainsi, je ne doute aucunement de la description plutôt négative des relations de genre à Madagascar et ailleurs. Ce qu’elle nous dit, ce sont des faits que nous avons à affronter encore et toujours dans nos contextes respectifs.

En définitive, je suis heureuse que Juliette nous parle de quelques femmes malgaches qui ont néanmoins réussi à quitter ces conditions de vie omniprésentes et répressives. Je me demande comment, exactement, dans un contexte où les hommes ne les écoutent pas du tout, il puisse y avoir néanmoins des femmes fortes et émancipées, comme par exemple Juliette elle-même. Alors, où sont les aspects encourageants et prometteurs au sein des réalités qu’elle décrit ? Comment Juliette elle-même a-t-elle obtenu d’être consacrée pasteure et a-t-elle pu devenir enseignante dans le domaine de la théologie ? Comment a-t-elle surmonté tous les obstacles, dans un monde qui paraît si hostile envers l’émancipation des femmes ? Qu’est-ce qui a été utile dans son parcours de vie ? Ses parents, ses enseignants, son mari, la Bible ? Répondre à de telles questions plus en détail, par exemple en mentionnant les biographies de femmes qui ont réussi, pourrait ouvrir un espace d’espoir pour celles qui viennent d’autres contextes, et pour de jeunes femmes malgaches qui ont certainement besoins d’encouragement et de modèles de force féminine.

(Traduction de l’Anglais: Michel Baumgartner)

 

Advertisements

Kommentar verfassen

Trage deine Daten unten ein oder klicke ein Icon um dich einzuloggen:

WordPress.com-Logo

Du kommentierst mit Deinem WordPress.com-Konto. Abmelden /  Ändern )

Google+ Foto

Du kommentierst mit Deinem Google+-Konto. Abmelden /  Ändern )

Twitter-Bild

Du kommentierst mit Deinem Twitter-Konto. Abmelden /  Ändern )

Facebook-Foto

Du kommentierst mit Deinem Facebook-Konto. Abmelden /  Ändern )

w

Verbinde mit %s