About: Introduction (français)

Nous avons un désir

Quel désir nous anime en tant que théologiennes chrétiennes, africaines et européennes ? Comment voulons-nous façonner notre avenir personnel, celui de nos sociétés et de nos Eglises, comment contribuer au bien-être de la Terre, notre vulnérable habitat ? Quels sont nos plus grands défis, et de quelle manière les textes bibliques nous inspirent-ils ? Dans ce livre – un projet du réseau international Tsena Malalaka – dix-neuf femmes, lancées dans un dialogue interculturel, réfléchissent à ces questions. Elles vous invitent, lectrices et lecteurs d’horizons divers, à les rejoindre.

Le réseau d’échange intercontinental „Tsena Malalaka“ a été fondé en 2010. Auparavant, une série de rencontres et de discussions avaient eu lieu en différents endroits d’Europe et d’Afrique dans le but d’établir des relations interpersonnelles par-delà les frontières. Elles ont amené quelques femmes – qui sont maintenant membres de Tsena Malalaka – à concevoir quelque chose de nouveau : un réseau de liens durables permettant le développement de nos engagements et de nos projets communs…

…et ces liens se sont multipliés : depuis la fondation de Tsena Malalaka, d’innombrables réunions, visites, cultes, études bibliques, présentations, conférences, repas, fêtes, ateliers, discussions en ligne, conversations face à face ou sur skype ont eu lieu ici ou là, ou entre Antananarivo, Kinshasa, Wattwil, Lucerne, Bamberg, Genève, Yaoundé, Zurich, Harare, Fribourg et ailleurs encore. Un certain nombre de nos activités sont présentées sur notre site internet http://www.malalaka.org, mais le réseau des relations personnelles, qui dans le même temps ont été établies, dépasse largement ces manifestations officielles ou semi-officielles. Nos activités ne sont pas alimentées par les procédures d’une organisation bien établie, mais par l’amitié. Telle est notre spécificité. Elles ne se déroulent généralement pas dans les grandes salles de conférence, mais se déplacent de maisons privées en centres paroissiaux, en terrasses, en espaces au bord d’un lac, en presbytères… Les économistes pourraient qualifier notre entreprise de „start-up“ puisque nous sommes – et voulons être – polyvalentes et novatrices. Toutefois, bien que l’expression malgache „Tsena Malalaka“ puisse être traduite par „place du marché“, notre objectif n’est pas une croissance quantitative ou en termes de finances, mais il vise l’échange et le pèlerinage commun. Nous ne prétendons pas non plus être un modèle „représentatif“ dans le sens conventionnel du mot. „Nous avons un désir“, c’est… plus que ce qui a déjà été établi et approuvé par les structures traditionnelles : « Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons un jour n’a pas encore été révélé » (1 Jean 3,2).

Ce que vous tenez maintenant dans vos mains, sous la forme d’un livre, c’est en quelque sorte une réunion de Tsena Malalaka. Nous avons rassemblé des écrits qui sont destinés à continuer et à élargir les discussions en cours. Ces textes sont proposés en deux langues, le français et l’anglais. Comme toutes les collaboratrices de cet ouvrage ont grandi dans une autre langue maternelle, cela signifie que nous avons toutes utilisé une langue étrangère. Exprimer ses sentiments, ses réflexions et ses désirs avec des mots qui ne sont pas ceux que nous connaissions dans notre première enfance est normal dans notre présent mondialisé. C’est aussi en quelque sorte un symbole pour des théologiennes qui, pendant des siècles, ont été tenues à l’écart des discours théologiques officiels, que ce soit dans les „hautes sphères“ des autorités ecclésiastiques ou académiques. La contrainte de nous exprimer, au moins en partie, dans une langue étrangère, ne nous réduit cependant plus au silence. Au contraire, nous prenons volontiers ce risque afin de franchir les frontières entre les traditions, les confessions, les genres, les cultures, et afin d’être médiatrices dans des contextes qui souvent ont été regardés comme incompatibles ou considérés comme trop distants ou trop corrompus par des autorités illégitimes et répressives. Oui, nous sommes convaincues qu’il est possible de construire des ponts dans des contextes très différents, à condition que nous soyons prêtes à écouter, à prendre en compte les structures injustes encore existantes, à résoudre les malentendus, à pardonner. « Avec Toi je me précipite sur une troupe armée, avec mon Dieu je saute une muraille » (Psaume 18 : 30).

Les études développées dans ce livre ne reflètent pas une vue cohérente ou la position unanime des quatre éditrices. Elles visent plutôt à ouvrir un débat critique et constructif : chaque contribution est ainsi accompagnée d’un commentaire écrit par une théologienne appartenant à un autre contexte. Parallèlement à la publication du livre, nous allons ouvrir un site web sur lequel tous nos textes seront publiés, progressivement, dans d’autres langues : d’abord, en français les textes à l’origine en anglais, en anglais les textes à l’origine en français, et tous éventuellement, peu à peu aussi dans d’autres langues. Nous invitons celles et ceux qui nous lirons à contribuer à notre maison virtuelle par des commentaires et/ou des questions, en ajoutant de nouveaux textes ou des idées sur le site :

https://tsenamalalaka.wordpress.com

Afin d’en faciliter la compréhension, toutes les études sont précédées d’un résumé en français et en anglais. Nous avons réparti les sujets abordés par ces textes en trois chapitres, qui vont des réflexions sur la signification d’être une théologienne chrétienne ou une docteure en théologie aux expériences dans les hiérarchies ecclésiastiques, les paroisses ou les initiatives locales ; de l’interprétation des textes bibliques aux problèmes de traduction et du „dire Dieu“ ; du réel aux expériences métaphoriques de voyage ; des sentiments de tristesse, de l’humour ou de la colère relative aux discriminations qui existent encore, au dialogue pertinent avec les textes théologiques historiques et contemporains, aux récits biographiques et au-delà. Bien que nous nous soyons efforcées de combiner engagement personnel et précision académique, nous avons admis des styles différents, en passant des articles classiques à l’interview, ou des récits au poème, à la prière et à l’image. A la fin de l’ouvrage, deux professeures de théologie ayant une expérience de longue date du dialogue interculturel, une Européenne et une Africaine, contribuent à une évaluation d’ensemble de tous les textes et apportent leur propre contribution à la question centrale de nos désirs individuels et communs.

Nous tenons à remercier toutes celles et tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont contribué à la réalisation de ce livre : les auteures, les traductrices et traducteurs, les correctrices et correcteurs, les interlocutrices et interlocuteurs, les membres de Tsena Malalaka et les ami-e-s qui ont hébergé nos réunions, l’équipe de l’imprimerie à Kinshasa, les consultant-e-s du web, les distributrices et distributeurs, les donatrices et donateurs, et enfin et surtout vous, nos lectrices et lecteurs, qui allez vous attacher à nos réflexions et sentiments. Nous invitons de nombreux curieux, femmes et hommes et autres, chrétiennes et chrétiens et adeptes d’autres religions, croyant-e-s et non-croyant-e-s, personnes de tout âge, à se joindre à nous pour un voyage commun.

Verena Naegeli, Josée Ngalula, Ina Praetorius, Brigitte Rabarijaona
(Traduction de l’Anglais: Michel Baumgartner)

 

 

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